Rudy Ricciotti, biographie

C’est peut-être le mot qu’il préfère, « autonomie » : le droit de se gouverner par ses propres lois. On l’imagine libre, rieur facétieux au service d’un prince éclairé des Milles et Une Nuits, obligé à l’envoyer chercher sur la plage quand ses confrères sont déjà aux marches du palais.
Le prince n’existe pas, mais les architectes aux ordres existent bien sûr. Indépendance d’esprit donc, goût du débat, de la joute verbale et parfois de la discorde.
Dans un texte qui examine précisément le travail de l’architecte, Paul Ardenne démontre comment au travers des commandes et de leur usage s’y révèlent des espaces propres de liberté. Certains projets du paysage méditerranéen offrent en incrustation des fichiers stylistiques inattendus, une façon inventive interne comme des polémiques sous la peau la plus visible de l’architecture.

Rudy Ricciotti revendique parfois une certaine vulgarité, mais il faut savoir ce que vulgarité veut dire chez lui. Sûr que l’architecte ne se parfume pas à la branchitude, comme ces jazzmen obligés dans le passé de se grimer le visage pour jouer dans les clubs de Blancs. Rudy Ricciotti est un rebelle au charme complexe, fuyant les codes réducteurs ou enfermants. Et son architecture est à son image.
Un autre aspect de la « manière » Ricciotti est de favoriser les échanges avec d’autres architectes ou des artistes qu’il associe en amont des projets. Pour les architectes, on citera Heintz, Deslaugiers ou des Latinos hors la France. Pour les artistes, Joep Van Lieshout régulièrement sollicité, mais aussi Fred Rubin, le compositeur Michel Bossini ou Wang Du pour des parcs urbains et encore Berdaguer et Péjus, Briand, Hébréard ou Bazile.

De la maîtrise d’ouvrage privée à la commande publique, des villas Le Goff, Marmonier ou Lyprendi au Stadium de Vitrolles, le collège d’Auriol, la passerelle de la Paix à Séoul, la Nickolaïsaal de Potsdam, voici ce qu’a pensé, construit, réussi, avec un mélange ambigu de respect contextuel et de transgression, cet architecte qui admire le maniérisme et le baroque pour les libertés créatrices qu’ils autorisent, et se plaît dans le traitement conceptuel des oppositions entre le naturel, le barbare, le sauvage, l’artificiel et le cultivé, dans tous les instants de son quotidien.

Jim Palette